Je voulais vous parler de Marcel.

Hier soir, dans mon petit cocon d’appartement, je parlais – encore – à Célia du petit livre qui me suit depuis maintenant un an et demi. Elle m’a donné l’idée d’en faire une ‘critique’ ici, à ma façon. (Pas comme un blog qui m’avait beaucoup fait rire, où une fille postait des photos d’elle au milieu d’analyses artistiques bas de gammes. bref bref).

En fait, plutôt qu’une critique (J’en suis bien incapable), je préfère vous parlez de ma relation à ce livre.

Pendant mon année de terminale, mon adorable professeur de Philosophie s’était mis à parler d’une livre. Il en parlait comme du plus grand livre de la littérature française du XXème siècle. Quelque chose d’énorme, que certains lisaient en plusieurs années.

Ses petites phrases me sont restées en tête et la semaine suivante, à la fin de son cours, je suis allé lui demander, Comment bordel de merde s’appelle se fichu bouquin dont il avait parlé. Et il m’a répondu A La Recherche Du Temps Perdu de Marcel Proust. Il m’a demandé si je comptais le lire.  ‘Pas tout de suite’ et il m’a conseillé en effet d’attendre un peu. J’aurais attendu 3 ans.

Je ne sais pas trop pour qui j’écris cet article. J’ai bien quelques amis qui lisent, mais personne ne se lance dans la Recherche. Il faut dire que notre pauvre Marcel n’a pas tout pour se rendre sexy. Déjà par l’envergure de son œuvre (7 tomes. 3500 pages. ), le milieu qu’il décrit (La bourgeoisie et l’aristocratie fin XIXème début XXème.) et son style qui semble assez lourd (Bon, c’est vrai qu’une description de 300 pages sur un diner bourgeois, ça vous met KO. Surtout qu’à la fin, ils baisent même pas).

Alors j’ai bien essayé de convaincre quelques personnes mais personne ne s’y lance vraiment. J’ai offert, Un Amour De Swann – une partie du premier tome – à Violenn qui à visiblement apprécié (Plus, les passages sur l’analyse de la Jalousie que les scènes de descriptions des diners). Là, je sens que vous faiblissez. « Il veut quoi là Léo ? Il est pas un peu pète couille ? » (Voila, j’ai réussi à placer le mot couille quand je parle de Proust). Donc, pause vidéo.

Du coup, moi je me demande si on lit encore MARCEL en 2009 ? Enfin chez les jeunes. Pour ça, envoyez vos SMS, 1 si vous avez lu la Recherche, 2 si non, 3 pour éliminer Proust de l’émission.

Bref bref. Si je suis motivé à vous écrire aujourd’hui c’est que je suis arrivé – à mon gout – à une grandiose montée en puissance du livre. Je viens de commencer l’avant dernier Tome – Albertine Disparue -. Et je peux vous dire qu’il s’y passe des choses terribles.

Sinon Proust me fait beaucoup rire. Son image d’auteur exigeant – au sens du lecteur -, le milieu très codé et tout en retenu qu’il décrit.  Chez Proust, on ne baise pas, on caresse (ou on « fait catleya »). On fait des blagues vaseuses  (« Moi négro, mais toi chameau! »). On est pas payday on est inverti (ou ‘Femme-homme). Et on analyse TOUT. L’art, l’amour, la jalousie mais surtout soi même  dans un style exquis, tout en délicatesse.

Enfin, vous lirez un peu partout que La Recherche est le livre qui va changer votre vie. Par esprit de contradiction, je dirais que non, et j’aurais bien tort. En même temps, JESPERE BIEN QUE CA VA CHANGER QUELQUE CHOSE. Me suis pas taper 3500 pages pour rien.

Ho je ne pense pas avoir motivé grand monde aujourd’hui. Mais renseignez vous un peu…Vous avez 3 ans maintenant.

Commentaires (6)

  1. Gilles a écrit :

    « Et on analyse TOUT. L’art, l’amour, la jalousie mais surtout soi même dans un style exquis, tout en délicatesse. » Moi tu m’excites quand tu dis ça.

    01/12/2009 à 4:15
  2. Célia a écrit :

    Proust est (au moins) un million de fois plus excitant que tous les livres de la collection Arlequin réunis (dans lesquels, d’ailleurs -nous l’avons vu l’autre soir- les personnages ne forniquent qu’après 200 pages de mauvaise séduction, et médiocrement).

    01/12/2009 à 4:44
  3. HG a écrit :

    Tu as tout à fait raison Léo : La Recherche change vraiment la vision que l’on a des choses. Mais je crois que l’on ne s’en rend compte que bien après. Il y a beaucoup de détails qui m’ont troublée dans Un Amour de Swann, c’est une mine inépuisable de conseils insidieux et également d’inspiration (au sens mystique). C’est assez étrange. J’espère avoir le temps de m’y replonger au plus vite : l’insipidité des textes de lois me donne envie de pleurer.

    01/12/2009 à 5:01
  4. Q. a écrit :

    Tu me fais beaucoup rire. Sûrement pas autant que Proust te fait rire, mais probablement pas loin. CEPENDANT (moi aussi j’aime écrire en capitale, oui), je pense que Proust va rester au fond de ma to-read list, derrière un tas de trucs qui ont l’air plus excitants. Je pense à Bukowski, qui en 300 pages, lui, a eu le temps de baiser 100 fois. Mais ce n’est qu’un exemple.

    (Harlequin, Célia, stp, n’écorche pas le nom de cette fantastique collection.)

    01/12/2009 à 5:25
  5. Célia a écrit :

    (Ma foi oui, j’ai mangé plus de bonbons Arlequin que je n’ai lu de livres Harlequin (si), mille excuses.)

    Que Proust soit sur la to-read list suffit. Le commencer seulement pour se prouver que nous aussi on sait apprécier les grandes choses et pour pouvoir dire que « Oui, bon, Proust, c’est fait » en passant finalement à côté, ça serait bien trop triste.

    01/12/2009 à 11:03
  6. Félix a écrit :

    Je connais un mec, il a lu tout Proust en 1 heure.
    True story.

    02/12/2009 à 7:59